Jean-Rabel city
01/11/2023
LE XVIIIème SIECLE
CHAPITRE 2 : LE SIECLE DES LUMIERES
POINTS DE VUE LITTÉRAIRE
Introduction.
Pour comprendre le XVIIIème siècle, le mot « lumière » ne doit pas seulement être pris au pied de la lettre. Cette expression « siècle des Lumières » est en effet une métaphore, ou disons une métonymie, pour signifier que l’homme moderne veut sortir de l’obscurantisme et tendre vers un état d’esprit plus éclairé. Ce siècle était traversé par plusieurs guerres, famines, catastrophes naturelles… C’est ainsi que sur le plan philosophique et littéraire, le siècle des Lumières présente deux visages : la contestation et la sensibilité.
I. L’ESPRIT DE CONTESTATION
Même s’ils couraient le risque d’être embastillés, torturés, exilés assassinés,… ou d’exposer leurs œuvres à la censure, les hommes d’esprit du XVIIIème siècle s’attaquaient à toutes les institutions préétablies qui, à leurs yeux et pour la plupart, corrompaient les mœurs. Même le Dictionnaire encyclopédique, ce classement conceptuel d’une redéfinition des mœurs et des activités réunissant la coproduction d’auteurs divers (Diderot, D’Alembert, Voltaire, Rousseau…) va dans ce sens.
1. Contestation sociale
Il y avait une contestation sociale parce que le peuple français était pour la plupart victime d'acerbes inégalités de classes ; le complexe de supériorité (surtout des aristocrates issus de famille noble) y régnait en maître, sans oublier cet état d’esprit inculte entretenu par l’obscurantisme et la superstition échappant à tout contrôle de la raison et alimenté par, l’intolérance, l’esclavage, la naissance,… qui étaient à la mode dans toute leur rigueur et leur absurdité inhumaine. D’ailleurs, c’est à ce propos que Voltaire publie Traité sur la tolérance mais aussi Candide ou l’optimisme.
2. Contestation politique
Il y avait aussi une contestation politique parce que plusieurs lois couvaient une injustice qui profitait toujours aux plus privilégiés et aux âmes bien nées. La plupart des sanctions étaient arbitraires car basées sur le sexe, la naissance ou la position sociale. L’absolutisme – l’ensemble des pouvoirs confiés entre les mains d’un seul homme, le monarque – n’inspirait plus confiance aux administrés car légitimé par une injustice qui ne disait pas son nom. C’est justement pour cette raison que Montesquieu publie De L’esprit des lois et Rousseau son Discours sur les inégalités.
3. Contestation religieuse
Il y avait enfin une contestation religieuse parce que même le pouvoir du pape était sans cesse remis en cause, sans oublier la pratique de la religion chrétienne et l’interprétation des paroles sacrées : le déisme venait de naître. Cette contestation allait jusqu’à regretter l’intolérance fanatique dont était coupable une partie de l’Eglise par le geste ou l’indifférence. C’est d’ailleurs toute la raison pour laquelle une bonne partie du Traité sur la tolérance de Voltaire, à ses risques et périls, s’insurgeait contre cet état de fait.
4. La querelle des Anciens
Une querelle creusait davantage le fossé entre les partisans de la tradition (les Anciens) et ceux du progrès, de l’innovation (les Modernes). En vérité, c’est dès le XVIIème que cette querelle avait éclaté. Tant au plan des thèmes que du style, les Modernes aspiraient au renouveau des formes d’écriture. D’ailleurs, ce sont eux qui remporteront finalement cette bataille car le public lecteur avait soif de renouveau des genres tels que l’ambitionnent le dictionnaire philosophique, le conte philosophique, le roman épistolaire, le pamphlet, etc. En bref, toute une littérature constructive venait de naître.
II. L’EXPRESSION D’UNE SENSIBILITE
Il ne faut point oublier cependant un fait important : ce siècle n’est pas seulement sous l’apanage de l’esprit en ébullition, de l’expression de pensées critiques et philosophiques mais la sensibilité prédominait aussi, plus particulièrement durant sa deuxième moitié. Ce courant, bien que né au XVIIIème siècle, ne sera baptisé qu’au XIXème siècle par les romantiques qui voyaient en leurs prédécesseurs, des maîtres de la traduction de la sensibilité. Rousseau est un des auteurs les plus représentatifs, grâce notamment à des ouvrages tels que Rêveries d’un promeneur solitaire, Julie ou la Nouvelle Héloïse, Les Confessions…
Qui connaît le préromantisme sait aisément que des thèmes spécifiques régissent les textes des auteurs qui en sont les représentants : on y retrouve six des thèmes qui structurent d’habitude une œuvre romantique :
1• L'EXALTATION DU MOI :
L'auteur parle de lui ou fait parler un personnage principal qui emploie un JE qui est sien. C'est ce qui justifie l'omniprésence de l'emploi de la première personne. Celle-ci peut donc aussi bien appartenir à l'auteur qu’à un narrateur ou personnage principal quelconque.
2• L'EXPRESSION DES SENTIMENTS PERSONNELS :
Dans le texte, tout s’articule autour de l'expression des sentiments (tout ce qu'on éprouve sur le cœur) : l'Amour avec le grand A. L'écrivain abolit la notion de vie privée ou de vie intime.
3• LE MOI SOUFFRANT :
Les personnages sont rarement heureux. Quand ils le sont, ce sentiment est alors vécu de façon éphémère car ses instants de bonheur sont minimes, comparés à ses moments de malheur dû aux conséquences désastreuses de l'amour.
4• LA FUITE DU TEMPS :
Même si l’homme d’aujourd’hui a apprivoisé les d’éléments naturels qui lui étaient rebelles, il lui restera toujours l’impossibilité de maîtriser le temps qui lui échappe sous tous les angles. Et c’est pourquoi ces écrivains de la sensibilité aimaient représenter cette fuite du temps inexorable. Le souvenir, la mort, la solitude… entrent dans cette rubrique thématique.
5• LE GOÛT DE LA NATURE :
L'écrivain est convaincu de la triple vertu (trois bienfaits de la communion avec la nature) de ce milieu souvent féerique : consolatrice (des peines personnelles), inspiratrice (des vérités cachées) et conservatrice (des souvenirs sacrés). Parfois aussi, la nature suscite le dégoût, l’indifférence et quelquefois même le blasphème face à une triste déconvenue.
6• LE GOÛT DE LA RÊVERIE :
C'est le culte de l'imagination. Puisque ce monde est pratiquement invivable à cause de la fuite du temps, d'un bonheur inexistant, décevant et éphémère, il ne reste à l'écrivain qu’un soupçon de succédané, qu'un maigre lot de consolation : le goût de l'évasion, de l'imagination, du voyage... Il s'y adonne à cœur joie.
Conclusion.
En définitive, le siècle des Lumières est certes spirituel d’une part car il a donné naissance à un esprit de contestation à partir de laquelle des innovations et des enrichissements remarquables se sont opérés. Mais il ne faut point omettre que cette période a aussi été riche du point de vue de l’expression des sentiments des auteurs qui l’ont jalonnée. Est-ce une opposition ou une complémentarité ? Le siècle suivant saura mieux nous le dire.
Issa Laye Diaw
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