Inquisiteur.net
17/10/2025
Droit à l’information et liberté de la presse : un combat jamais terminé !
Les combats menés ensemble, à travers les épreuves et le temps, ne s’oublient pas. Ils constituent une réserve d’énergie et d’engagement pour de nouvelles batailles. Obtenir la liberté d’expression en son temps, notamment le droit à une information dans un paysage médiatique pluriel, avec des médias indépendants, n’était pas chose aisée. Nous avons eu l’honneur et la chance de faire partie de cette aventure, conduite par des pionniers tels que Souleymane Diallo avec son groupe de presse Le Lynx-Lance, Aboubacar Sylla avec L’Indépendant-Le Démocrate, ainsi que d’autres titres de référence. Ensemble, ils ont écrit les plus belles et glorieuses pages de la presse libre guinéenne.
Cet héritage, pourtant, n’a été ni sauvegardé ni bien défendu. L’âme de la lutte et l’esprit de sacrifice, portés par un idéal partagé et généreux, n’ont pas survécu à l’instinct de conservation de certains, ni à la résignation d’autres face aux difficultés de l’inconnu. Il ne faut cependant pas désespérer de voir la presse, confrontée à la plus grave crise de son existence, retrouver son lustre d’antan, et ses acteurs d’aujourd’hui, le courage et l’abnégation de leurs devanciers. Malgré les emprisonnements, les harcèlements judiciaires et les descentes musclées dans les rédactions, la première génération de journalistes et de patrons de presse est restée droite dans ses bottes. Peut-être la nouvelle génération aura-t-elle le sursaut nécessaire, et à temps, pour ne pas sombrer. Il lui appartiendra de lutter et de se reprendre, en respectant une éthique et une déontologie strictes du métier.
En attendant, il faut déplorer les lauriers perdus et s’inquiéter du désert médiatique qui s’étend dans le pays, pendant que les autorités qui avaient pourtant annoncé un grand printemps des libertés, restent indifférentes, et que des acteurs et partenaires jadis vigilants sur les exigences de l’État de droit, en tant que gardiens des acquis démocratiques, observent un silence coupable. Autres temps, autres mœurs…
Si les critiques d’hier sont devenus les acteurs d’aujourd’hui, les pionniers ne doivent pas renier leur passé exigeant,
ni se détourner de l’avenir, alors que chacun se demande quelle en sera la couleur, s’il sera conforme aux attentes ou trahira une fois de plus les espoirs.
D’ici là, la fidélité à l’engagement et l’obstination dans les convictions sont des remparts sûrs contre les faiblesses et les compromissions. La peur ne mène à rien, tandis que la détermination et le courage permettent de repousser toutes les limites et toutes les frontières. Le flambeau a été passé sans avoir préparé la relève des valeurs et de la conscience citoyenne. Il convient donc de redescendre dans l’arène pour poursuivre l’effort interrompu et recommencer un combat que l’on croyait gagné. En réalité, il existe des conquêtes de tous les temps qui concernent toutes les générations. On a le choix de fuir sa responsabilité ou d’assumer ses devoirs.
Nous sommes de ceux qui croient davantage en une destinée commune heureuse qu’au bonheur solitaire dans le désarroi collectif.
Tibou Kamara
Abdoulaye Condé
Abdoulaye Sankara
Membres du Collectif des pionniers de la Presse Indépendante Guinéenne
21/09/2025
🛑 𝗚𝘂𝗶𝗻𝗲́𝗲 : 𝗖𝗲 𝗾𝘂𝗲 𝗦𝘁𝗮𝗻𝗱𝗮𝗿𝗱 & 𝗣𝗼𝗼𝗿’𝘀 𝘃𝗲𝘂𝘁 𝗱𝗶𝗿𝗲 𝗿𝗲́𝗲𝗹𝗹𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁
Après la publication de la note B+ attribuée à la Guinée par l’agence américaine Standard & Poor’s (S&P), les autorités de la transition multiplient les communications pour présenter ce classement comme une victoire historique, synonyme de bonne santé économique. Pour aller au-delà des discours officiels, nous avons mené des recherches et consulté des rapports d’institutions financières internationales (Banque mondiale, FMI, BAD) ainsi que l’avis de spécialistes en macroéconomie et en politique monétaire. Objectif, expliquer, de façon simple, ce que signifie réellement cette notation, ses critères, ses conséquences concrètes, et ce qu’elle révèle ou cache sur la situation économique de notre pays.
𝗦&𝗣 : 𝘂𝗻𝗲 𝗻𝗼𝘁𝗲 𝗱𝗲𝗺𝗮𝗻𝗱𝗲́𝗲, 𝗽𝗮𝘀 𝘂𝗻 𝗰𝗮𝗱𝗲𝗮𝘂
Contrairement à ce que laissent entendre les autorités, Standard & Poor’s ne note pas automatiquement tous les pays. Dans la plupart des cas, c’est l’État lui-même qui sollicite une notation lorsqu’il veut accéder aux marchés financiers internationaux.
Le pays paie l’agence pour réaliser l’évaluation, puis lui fournit des données officielles (budget, dette, réformes, réserves de change, etc.). Cette procédure est courante pour les États africains qui cherchent à emprunter à l’étranger.
Dans le cas de la Guinée, la notation B+ en 2025 est une notation sollicitée par les autorités de la transition. C’est la première demande officielle du pays, et elle intervient à un moment où le gouvernement cherche à se positionner sur les marchés internationaux.
𝗤𝘂’𝗲𝘀𝘁-𝗰𝗲 𝗾𝘂𝗲 𝗦𝘁𝗮𝗻𝗱𝗮𝗿𝗱 & 𝗣𝗼𝗼𝗿’𝘀 ?
S&P est une agence américaine créée en 1941. Son rôle est d’évaluer la capacité des États et des entreprises à rembourser leurs dettes. Les notes vont de AAA (très solide) à D (en faillite).
𝗤𝘂𝗲 𝘀𝗶𝗴𝗻𝗶𝗳𝗶𝗲 𝘂𝗻𝗲 𝗻𝗼𝘁𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻 ?
Selon un spécialiste que nous avons consulté, une note est « comme une appréciation de la confiance que les investisseurs peuvent avoir dans un pays ».
AAA, AA, A : pays solides, risque très faible.
BBB : encore sûr, mais fragile (c’est le seuil dit investment grade).
BB, B, CCC : zones risquées, dites spéculatives.
D : défaut, le pays n’a pas pu payer.
𝗟𝗮 𝗚𝘂𝗶𝗻𝗲́𝗲 𝗮 𝗲𝘂 𝗕+ : 𝗾𝘂’𝗲𝘀𝘁-𝗰𝗲 𝗾𝘂𝗲 𝗰𝗲𝗹𝗮 𝘃𝗲𝘂𝘁 𝗱𝗶𝗿𝗲 ?
D’après un économiste interrogé : « C’est une note spéculative, pas une note de confiance élevée. Positif : la Guinée est encore capable, à court terme, de payer ses dettes. Négatif : elle reste fragile, très exposée aux crises économiques, politiques ou sociales. »
Un autre expert précise : « La note B+ veut dire que la Guinée peut encore payer ses dettes, mais avec beaucoup de risques. Ce n’est pas un certificat de bonne santé économique. »
𝗤𝘂𝗲𝗹𝗹𝗲𝘀 𝗰𝗼𝗻𝘀𝗲́𝗾𝘂𝗲𝗻𝗰𝗲𝘀 𝗰𝗼𝗻𝗰𝗿𝗲̀𝘁𝗲𝘀 𝗱’𝘂𝗻 𝗕+ ?
Un cadre supérieur de la Banque africaine de développement (BAD) résume :
1. Un coût de financement élevé : la Guinée devra offrir des taux d’intérêt importants pour attirer les investisseurs.
2. Moins d’investisseurs : beaucoup de fonds internationaux ne prêtent pas aux pays notés en dessous de BBB.
3. Une forte vulnérabilité : un choc politique, la chute du prix de la bauxite ou une corruption massive peuvent rapidement faire baisser la note.
𝗖𝗼𝗺𝗺𝗲𝗻𝘁 𝗦&𝗣 𝗮𝘁𝘁𝗿𝗶𝗯𝘂𝗲 𝘂𝗻𝗲 𝗻𝗼𝘁𝗲 ?
Selon une source proche du FMI, l’évaluation repose sur plusieurs critères :
1. Économie : croissance et richesse réelle de la population.
2. Budget : dette publique, déficit, gestion des finances.
3. Réserves de change : capacité à payer en devises.
4. Stabilité politique et monétaire.
5. Institutions : transparence, lutte contre la corruption, respect des lois.
Toutes ces données sont fournies par l’État lui-même, puis analysées par l’agence. Il faut donc rappeler qu’une note n’est pas une récompense politique, mais une photo des risques économiques et financiers d’un pays.
𝗘𝘁 𝗹𝗮 𝗚𝘂𝗶𝗻𝗲́𝗲 𝗱𝗮𝗻𝘀 𝘁𝗼𝘂𝘁 𝗰̧𝗮 ?
Les autorités présentent le B+ comme une victoire. Mais la réalité est tout autre : La pauvreté augmente, le chômage des jeunes explose, le pays traverse une crise de liquidité (manque d’argent en circulation), la corruption et l’opacité budgétaire persistent, les réserves de devises restent faibles.
Autrement dit, le B+ montre que la Guinée n’est pas encore en faillite, mais que sa situation demeure précaire et risquée.
𝗖𝗲𝘁𝘁𝗲 𝗻𝗼𝘁𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻 : 𝗱𝗼𝗶𝘁-𝗼𝗻 𝘀’𝗶𝗻𝗾𝘂𝗶𝗲́𝘁𝗲𝗿 𝗼𝘂 𝗳𝗲̂𝘁𝗲𝗿 ?
Un expert financier basé aux États-Unis tranche : « La note B+ n’est pas un trophée, mais un avertissement. Oui, la Guinée peut encore payer ses dettes, mais le risque est très élevé et la population continue de souffrir. Plutôt que de fêter ce B+, il faut que les autorités travaillent sur ce qui compte vraiment : créer des emplois pour les jeunes, lutter contre la corruption, gérer les finances publiques avec transparence, diversifier l’économie au-delà de la bauxite. »
En résumé, la note B+ attribuée par S&P est en réalité un signal que la Guinée est “notable” aux yeux des marchés internationaux. Mais elle n’est pas une garantie que la pauvreté reculera ni que le chômage des jeunes diminuera sans réformes structurelles profondes.
Une note internationale n’a jamais nourri une famille. Les Guinéens aspirent au bien-être, pas à des bonnes notes internationales sans aucun effet sur leur niveau de vie.
𝗠𝗮𝗺𝗼𝘂𝗱𝗼𝘂 𝗕𝗮𝗯𝗶𝗹𝗮 𝗞𝗘𝗜̈𝗧𝗔
𝗝𝗼𝘂𝗿𝗻𝗮𝗹𝗶𝘀𝘁𝗲 𝗱’𝗶𝗻𝘃𝗲𝘀𝘁𝗶𝗴𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻
𝗘́𝗱𝗶𝘁𝗼𝗿𝗶𝗮𝗹𝗶𝘀𝘁𝗲 - 𝗩𝗼𝗶𝘅 𝗹𝗶𝗯𝗿𝗲 𝗲𝗻 𝗲𝘅𝗶𝗹.
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