The Rev'
26/06/2026
45 TOURS DE REV’ N° 159 ! -THEM : « Baby please don’t go / Gloria » original UK 1964
Accablé par la chaleur caniculaire et une fatigue récurrente, augmentées d’un état semi-dépressif, je ne sais absolument pas quoi écrire sur ce 45 tours qui condense toute l’énergie et la hargne adolescente, le contraire de mon état actuel. J’arrive tout de même à entendre ce qui se passe, surtout sur “Baby please don’t go”: le chant de possédé de Van the Man, ce truc qu’il va doucement commencer à perdre après “Astral weeks”. Question : faut-il être totalement inconscient et bête (au sens animal du terme ) pour arriver à chanter de cette manière là un tel morceau ? C’est bien possible. Mais peut-être que le contraire n’est pas impossible aussi. La vérité se situe entre les deux, comme d’habitude. Les jeunes Irlandais de 1964 s’emparent d’un blues traditionnel chanté à l’origine par des adultes robustes et burinés par la vie, ils accélèrent le tempo, et en font un cri de frustration sexuelle terriblement urgent. Quand on écoute par exemple la version de Muddy Waters à Newport en 1960, le désir est masqué par une plainte retenue dans cette demande d’apparence humble (« Chérie, ne pars pas, s’il te plait… »):, une totale maturité assortie d’un parfait contrôle. Chez Them au contraire, en dehors du hurleur hystérique, il y a aussi la basse hypnotique, et cette guitare dérivée du rockabilly primitif, mais déjà teintée d’une saturation garage. Et puis le mix aussi, parlons du mix, débridé, absolument inenvisageable aujourd’hui, cette agressivité, cette sauvagerie, cette absence de filtre, cette exagération de tout… tout ça est totalement gommé, de nos jours. Même les plus agressifs des groupes metal, ou hardcore, ou néo-punk n’ont pas ce son-là, embourbés par des tonnes de compression censées faire l’affaire, et qui ne font qu’illusion !
https://youtu.be/lztvKwliR8I?si=yw5q-Q_IyxqC-rLU
19/06/2026
45 TOURS DE REV’ N° 157 ! : -PETE ROSS & THE SAPPHIRE « Mockingbird / Down to the woods » original France 2013
"Tu rencontreras d'abord les Sirènes qui charment tous les hommes qui les approchent ; mais il est perdu celui qui, par imprudence, écoute leur chant, et jamais sa femme et ses enfants ne le reverront dans sa demeure, et ne se réjouiront."
Homère, L'odyssée
Certes, nous tentons de résister aux sirènes du marché, mais nous ne sommes pas sourds pour autant.
Et c'est d'un autre chant dont nous avons besoin.
Un soir à Tulle, un soir en France, on traîne sa carcasse tout au long d'un printemps qui n'a pas eu lieu, dans un pays qui sommeille doucement, et on désespère d'un possible ailleurs.
Les offres culturelles à notre disposition ne nous conviennent plus depuis longtemps et la musique qui s'écoule de partout est une dangereuse mélasse qui obstrue nos oreilles et bouche nos artères.
Pourtant, on a encore des souvenirs de soirées lumineuses, et puis surtout, toujours, des rêves de lendemains merveilleux.
On n’est pas encore morts.
Hier soir, en passant devant un bar, on a vu une affiche annonçant un concert pour le lendemain: Pete Ross & the Sapphire.
On s'est frotté les yeux plusieurs fois avant d'y croire pour de bon.
Pete Ross l'australien résidant en Italie, accompagné de Susy Sapphire la néo-zélandaise, à Tulle, Corrèze, c'est l'Internationale qui fait la nique à la mondialisation.
Alors le lendemain, avec Danny Wild et l'Agent Secret, on pousse la porte de l'estaminet.
Ils sont là, accompagnés d'un batteur transalpin, Andréas Rizzo. A la vue des balais qu'il brandit en lieu et place des baguettes traditionnelles, on comprend de suite que la tyrannie imbécile des malentendants de tous bords s'exerce aussi ici: on peut déverser à plein pot des flots de sons désincarnés, mais la musique électrique se doit d'être domestiquée.
N'empêche, ce truc qui s'appelait le rock fait encore peur: on ne veut pas l'entendre, manifestement.
On fait baisser les amplis, on bride la sono, on colle les musiciens dans un coin, et on annonce à peine le concert. Manque plus que la cire dans les oreilles, tiens, comme dans le récit du vieux Grec . Mais on a trouvé mieux : les bouchons auditifs.
Et pourtant ce soir, le groupe essaie d'oublier le pire et de garder le meilleur, car après tout le précédent album de Pete, son second chronologiquement, était quasi acoustique, alors il compose avec le faible niveau sonore, soutenu par Susy et sa belle basse demi-caisse, raccordée à un antique Ampeg sur la tête duquel est posé un étrange petit cadre. On s'approche, et on y découvre une photo de Poison Ivy. C'est donc un autel, et on assiste bien à une messe païenne.
Alors Pete délaisse sa Telecaster pour une antique Gibson 335 et se lance dans un solo incandescent. La maigre assistance s'y abandonne immédiatement et les nouveaux convertis poussent des cris de bêtes.
C'est primitif au possible ; c'est le rock'n'roll.
À la fin de l'office, on achète le 45 tours qui vient de sortir comme on brûlerait un cierge, on promet de revenir les voir lors de leur prochaine et hypothétique venue en France, et pour tenir jusque-là, on emporte avec nous les images sacrées prises par L'Agent Secret…
https://youtu.be/S87PBHBp5uw?si=QpK7PE1nMctD-RWO
15/06/2026
45 TOURS DE REV’ N° 155 : -Shuggie OTIS: “ Strawberry letter 23 / Ice cold daydream “ Original France 1971
Si l’on marche en forêt et qu’on lève la tête pour regarder la cime des arbres tout en continuant à avancer, il se passe ceci : au bout d’un moment, vous ne sentez plus vos jambes, une sorte de vertige s’empare de vous, et vous entrez dans un genre de lévitation. On change de perspective, et on passe de l’autre côté du monde.
C’est à peu près ce qui arrive à deux minutes et vingt secondes, sur le pont de “Strawberry Letter 23”, grâce à une chambre d’écho poussée à fond sur une boucle de guitare, nous embarquant sur un vaisseau spatial à destination d’on ne sait où. Et ce ne sont pas les paroles cryptiques précédant ce grand boum qui vont nous aider à nous repérer sur une carte :
“ Rainbows and waterfalls run through my mind, In the garden, I see West purple shower bells and tea, Orange birds and river cousins Dressed in green… »
De quoi rendre fou ChatGPT, ou mettre définitivement à la casse son GPS.
Même le titre nous donne très peu d’indices. Je veux dire, c’est quoi : « La lettre à la fraise Nᵒ 23 ?!? »
En revanche, aucun doute sur le carburant, à coup sûr, c’est de l’acide lysergique, une solution radicale au changement climatique !
P-S : la face B est aussi rafraichissante que son titre l’indique….
https://youtu.be/Pgokn6gppvA?si=ln8R9PcQRsC1Z8z1
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