Boris KANDO
29/06/2026
𝙇𝙐𝙈𝙀𝙉 𝙎𝙄𝙏
29 JUIN 2007 - 29 JUIN 2026 : IL Y A 19 ANS ÉTAIT PERPÉTRÉ À BOUAKÉ, L'ATTENTAT DU FOKKER 100.
GUILLAUME SORO, DU HÉROS UTILE AU GÊNANT SURVIVANT D'UN SYSTÈME QU'IL A CONTRIBUÉ À INSTALLER.
𝙋𝙖𝙧 𝙃𝙚𝙧𝙢𝙖𝙣𝙣 𝙆𝙤𝙪𝙖𝙙𝙞𝙤 𝙁𝙄𝙉𝘼𝙉𝙂𝘼
L’histoire politique de la Côte d’Ivoire ressemble parfois à un théâtre où les acteurs d’hier deviennent les ennemis d’aujourd’hui, où les alliances se construisent dans l’ombre avant d’être reniées à la lumière du pouvoir. Et dans cette grande pièce ivoirienne, un nom reste impossible à effacer : Guillaume Soro. Le 29 juin 2007, son avion est attaqué à Bouaké, bastion même des Forces nouvelles dont il était le chef politique. Des roquettes frappent l’appareil, des hommes meurent, le chaos s’installe. Lui survit. Une scène digne d’un thriller politique africain, mais surtout un épisode révélateur des fractures profondes d’un système construit sur les contradictions, les intérêts cachés et les calculs de pouvoir.
Le contexte d'un attentat ; Qui y avait intérêt ?
À l’époque, Guillaume Soro venait d’être nommé Premier ministre par Laurent Gbagbo dans le cadre des accords politiques de Ouaga. La communauté internationale applaudissait. Paris parlait de “signal fort”. La CEDEAO saluait une avancée historique. Les diplomates occidentaux vendaient déjà l’image d’une Côte d’Ivoire réconciliée. Mais derrière les communiqués bien polis, une question brûlait les lèvres : qui avait réellement intérêt à la paix ? Car la vérité est souvent plus dérangeante que les discours officiels. Il faut avoir le courage de poser les vraies questions. Qui a bénéficié politiquement de l’affaiblissement de Laurent Gbagbo ? Qui a finalement accédé au pouvoir en 2011 grâce à une dynamique née dans le chaos militaro-politique des années 2000 ? Qui, aujourd’hui, tente de réécrire l’histoire en présentant certains acteurs comme des patriotes irréprochables alors qu’ils ont eux-mêmes pactisé avec des logiques de rébellion armée ?
L’ironie politique ivoirienne est brutale.
Ceux qui hier justifiaient les armes au nom du “changement” dénoncent aujourd’hui toute opposition comme une menace à la stabilité. Ceux qui applaudissaient les accords avec les ex-rebelles criminalisent désormais certains anciens alliés devenus encombrants. Et Guillaume Soro, autrefois présenté comme un artisan incontournable de la paix, est progressivement devenu un homme à effacer du récit officiel. Pourquoi ? Parce qu’il connaît les coulisses. Parce qu’il incarne une mémoire gênante du système. Parce qu’il rappelle, malgré lui, que l’accession d’Alassane Ouattara au pouvoir ne peut être racontée honnêtement sans évoquer le rôle déterminant des Forces nouvelles et des équilibres politico-militaires de cette époque. On peut aimer ou critiquer Guillaume Soro. On peut débattre de ses choix, de ses méthodes, de ses ambitions. Mais on ne peut pas nier son poids historique dans la crise ivoirienne. Effacer Soro de l’histoire reviendrait à vouloir raconter la pluie sans parler des nuages. Et c’est précisément là que réside le malaise du régime actuel.
De l'impératif d'assumer l'histoire au lieu de la manipuler.
Dans beaucoup de pays africains, le problème n’est pas seulement la conquête du pouvoir. Le véritable problème, c’est l’amnésie organisée une fois le pouvoir acquis. On utilise des hommes, puis on les diabolise. On célèbre des alliances, puis on les qualifie de complots. On invoque la démocratie, puis on verrouille le débat politique dès que les intérêts du régime sont menacés. Le peuple africain mérite mieux que cette politique de circonstance. Il mérite la vérité. Il mérite des institutions fortes plutôt que des fidélités opportunistes. Il mérite des dirigeants capables d’assumer leur histoire au lieu de la manipuler selon les besoins du moment. L’attentat de Bouaké en 2007 reste, encore aujourd’hui, un symbole puissant : celui d’un système politique ivoirien traversé par les rivalités internes, les tensions non résolues et les luttes de contrôle. Même au cœur de leur propre bastion, les anciens alliés n’étaient plus totalement en sécurité. Cela en dit long.
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