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13/08/2024

INVESTITURE DE PAUL KAGAME : L’alternance peut toujours attendre

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12 août 2024
INVESTITURE DE PAUL KAGAME : L’alternance peut toujours attendre

C’est hier, 11 août 2024, que Paul Kagamé (PK) a prêté serment, à Kigali, pour son quatrième mandat devant un aéropage de chefs d’Etats africains conviés pour la circonstance. L’évènement, célébré avec faste, constitue le couronnement d’un processus électoral qui a consacré la victoire du candidat du Front patriotique rwandais (FPR) par le score astronomique de 99, 18%. L’homme a ainsi battu ses records précédents, comme si, comme le vin, il se bonifiait avec le temps. Par contre, pour ses deux concurrents, c’est la bérézina avec respectivement 0,53% et 0.32% pour Frank Habineza, candidat du seul parti de l’opposition autorisé et Philippe Mpayimana, candidat indépendant. Pouvait-il en être autrement ? On peut, sans aucun risque de se tromper, répondre par la négative, et cela, pour plusieurs raisons.

La première raison de la victoire sans appel de l’homme fort de Kigali, bien évidente, est d’ordre historique. Ayant mis fin au génocide des Tutsis en 1994, Paul Kagamé, aujourd’hui âgé de 66 ans, est considéré comme le père-fondateur du Rwanda moderne. Son nouveau plébiscite est la traduction, dans les urnes, de la légitimité historique dont il bénéficie de la part des Rwandais dont 65% ont moins de 30 ans et n’ont connu que Paul Kagamé comme président.



Le président Kagame devra mettre à profit ce mandat pour ouvrir l’espace politique



La seconde raison de la victoire de PK est, sans nul doute, son bilan. Acteur d’un spectaculaire redressement économique de son pays avec un taux de croissance qui a parfois culminé les 8% par an, l’homme a fait du Rwanda un modèle de stabilité économique et politique au point de susciter l’admiration des Occidentaux qui, habituellement très regardants sur les questions de droits de l’Homme, ont opté pour le silence face à l’un des plus grands prédateurs contemporains des libertés individuelles et collectives sur le continent africain. La forte croissance économique s’est accompagnée d’une amélioration substantielle du niveau de vie des populations dont l’accès aux services sociaux de base, s’est largement agrandi. A titre illustratif, le taux brut de scolarisation est de 100%. Le bilan de PK parle donc en sa faveur face à ses deux challengers qui ont évolué dans un environnement qui leur était fortement défavorable voire hostile. La dernière raison du plébiscite de Kagamé est le système politique qu’il a mis en place, qui est celui d’un parti-Etat qui verrouille tout l’espace politique. Ainsi, l’organe chargé des élections, inféodé au parti, s’est chargé, en amont de l’élection, de débroussailler le champ pour le laisser libre à Kagamé en recalant des figures de l’opposition comme Victoire Ingabire, Bernard Ntaganda et Diane Rwigara qui pouvaient lui tailler des croupières. On peut dire donc que Kagamé a triomphé sans gloire. Mais si cela est véritablement le choix du peuple, tout le mal que l’on puisse lui souhaiter, c’est de réussir son nouveau mandat pour le plus grand bonheur de ses concitoyens.



Kagamé devra travailler désormais à faire la paix avec ses voisins



Cela dit, la question que l’on peut se poser, à l’occasion de cette investiture, est la suivante : quels sont les nouveaux défis qui attendent le président Kagamé ? Le premier sera de maintenir la croissance économique dans un environnement marqué à l’intérieur par le poids de la dette de l’Etat et à l’extérieur par l’hostilité des Etats voisins, en l’occurrence la République démocratique du Congo (RDC) où Paul Kagamé est accusé de mener la guerre aux côtés des rebelles du M23. Pour un petit pays enclavé, sans le moindre débouché maritime, la politique belliqueuse menée par Kagamé qui a d’ailleurs soigneusement évité d’inviter à son investiture Félix Tshisekedi et Evariste Ndayishimiye du Burundi, pourrait, à la longue, plomber l’embellie économique du Rwanda. Le second défi, lié au premier, sera de faire sentir l’impact de la croissance économique sur le panier de la ménagère. En effet, malgré le rythme soutenu de la croissance, le quotidien reste difficile dans le pays où près de la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Mais s’il y a un domaine où le président Paul Kagamé est attendu pour ce quatrième mandat, c’est celui de l’image de son pays qu’il devra impérativement travailler à soigner à l’international. Car, il est vu de l’extérieur comme un féroce prédateur des libertés individuelles et collectives. A preuve, toutes les voix discordantes font l’objet d’une sévère répression et cela jette le discrédit sur toutes les élections au Rwanda. Et c’est d’ailleurs ce que relève l’un des opposants au régime qui n’a pu se présenter à la présidentielle, Victorine Ingabire, qui dit ceci : « Gagner continuellement l’élection présidentielle avec à peu près 100% des voix, n’est pas un signe de popularité mais de manque de concurrence ». C’est dire si le président Kagame devra mettre à profit ce mandat pour ouvrir l’espace politique. Mais le peut-il vraiment sans scier la branche sur laquelle il est assis ? On attend de voir. En sus, accusé à tort ou à raison, d’être un trouble-fête dans la sous-région, Kagamé devra aussi travailler désormais à faire la paix avec ses voisins, notamment avec la RDC où, selon toute vraisemblance, il soutient la rébellion qui sème la terreur à l’Est du pays. Si Kagamé parvient à relever ces défis, il pourrait entrer dans l’Histoire par la grande porte ; lui qui n’a eu de cesse de renvoyer l’alternance aux calendes grecques dans son pays.



« Le Pays »

13/08/2024

CRISE AU SEIN DU PARTI PRESIDENTIEL SUR FOND DE PERCEE DES GROUPES ARMES EN RDC : Les nuages s’amoncellent sur la tête du président Tshisekedi

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12 août 2024
CRISE AU SEIN DU PARTI PRESIDENTIEL SUR FOND DE PERCEE DES GROUPES ARMES EN RDC : Les nuages s’amoncellent sur la tête du président Tshisekedi

En République démocratique du Congo (RDC), c’est la crise au sein de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), le parti présidentiel dont le chef a été relevé de ses fonctions, le 11 août dernier, par l’organe disciplinaire dudit parti. Augustin Kabuya, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est accusé de mauvaise gestion, népotisme et autres antivaleurs par ses contempteurs qui lui reprochent aussi son manque de vision à la tête du parti au pouvoir. Une destitution qui n’est pas du goût de l’intéressé et de ses partisans qui contestent la légitimité de la réunion qui l’a déchu de ses fonctions, tout en qualifiant leurs adversaires de « pêcheurs en eaux troubles ». La question qui se pose est la suivante : jusqu’où ira la crise ? La question est d’autant plus fondée qu’en contestant son limogeage, Augustin Kabuga s’en est remis à l’arbitrage du président Félix Tshisekedi qui voit ces tensions comme un signe de « vitalité démocratique » sans toutefois se hasarder à trancher dans le vif.



Il paraît impératif que Fashi sorte de sa torpeur pour mettre de l’ordre dans ses rangs



Une attitude qui n’est pas loin d’en dire long sur l’embarras du chef de l’Etat congolais qui n’a certainement pas envie de fragiliser son parti en prenant position pour un camp contre un autre. Mais en prenant le risque de laisser la situation se décanter seule, le président Tshisekedi ne rend pas service à lui-même, ni au parti, au moment où il a plus que jamais besoin du soutien des siens pour faire face aux défis de l’heure. Et ces fissures au sein du parti au pouvoir dans un contexte de percée des groupes armés qui ne cessent de gagner du terrain dans une région de l’Est en passe d’être mise, si ce n’est déjà le cas, sous coupe réglée par les rebelles, sont un mauvais signal pour le locataire du palais de la Nation de Kinshasa. Si l’on ajoute à ce tableau peu reluisant de sa gestion du pouvoir, ses relations exécrables avec ses voisins ougandais et surtout rwandais pour leur soutien supposé ou réel aux insurgés du M23, c’est peu dire que le président Tshisekedi est dans la tourmente en raison de ces gros nuages qui s’amoncellent sur sa tête. Toujours est-il que plus il restera silencieux sur le sujet, plus cela accentuera la crise au sein de son parti où la tension couve depuis des mois. C’est pourquoi il paraît impératif que Fashi sorte de sa torpeur pour mettre de l’ordre dans ses rangs en ne laissant pas pourrir une situation qui pourrait lui créer plus de tort que de bien. Autrement, s’il n’arrive pas à faire l’union sacrée dans son propre camp, comment peut-il espérer fédérer les énergies de ses autres compatriotes autour de son programme et dans son combat pour sortir le pays de l’ornière? Pour le reste, au regard de leur timing en plein second mandat du chef de l’Etat, ces dissensions criardes au sein du parti présidentiel, ne manquent pas d’interroger. Est-ce des règlements de comptes ? Assiste-t-on déjà aux prémices d’une guerre de positionnement en vue de la présidentielle de 2028 ? Bien malin qui saurait, pour l’instant, répondre à ces questions.



Il appartient au président Tshisekedi d’avoir une saine lecture de la situation



En attendant, la situation délicate que traverse le pays, exige plus de cohésion dans les rangs des partisans du chef de l’Etat. Lequel est engagé sur plusieurs fronts, aussi bien à l’intérieur du pays où le défi de la crise sécuritaire dans l’Est du pays reste entier, qu’à l’extérieur où il ne cesse de dénoncer le soutien du président rwandais, Paul Kagame, aux rebelles du M23. Un mouvement dont l’avancée dans le Nord-Kivu, reste autant une menace pour le régime de Kinshasa qu’un signe de l’impuissance et de l’incapacité des forces armées de la RDC à faire face à la situation. Et ce, dans un contexte où les condamnations de soldats fuyards à la peine capitale, ne paraissent pas suffisamment dissuasives pour les candidats à la désertion plus enclins à prendre la poudre d’escampette qu’à affronter l’ennemi. Il appartient donc au président Tshisekedi d’avoir une saine lecture de la situation tout en prenant conscience de la fragilité de son régime, et de travailler à resserrer les rangs de ses partisans autour de lui. A moins que son attitude ne trahisse une volonté cachée de se débarrasser du chef de son parti pour des raisons que le militant lambda ignore, tout comme la politique a souvent ses raisons que la raison ignore.

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