Gamer A. DICKO

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23/05/2026

GENERAL DE DIVISION GAMOU : L’Archange de Kidal ou l’incarnation vivante de la loyauté
Dans les couloirs poussiéreux de Kidal, où les alliances se tissent et se défont au gré des caprices du désert, une silhouette demeure inébranlable. Le Général de division Gamou, récemment élevé à la dignité de Gouverneur de la région, ne saurait être réduit au rang d’un simple officier. Il incarne, aux yeux de milliers de Maliens, « le messie de la loyauté » : un homme dont l’honneur a résisté aux trahisons, aux embûches et aux décennies de rébellion.
Le destin d’Alhadji Ag Gamou se confond avec celui du Nord-Mali. Né en 1964 à Tidermène, au sein de la tribu des Imghad, il embrasse très tôt la voie des armes. Engagé à seize ans dans la Légion Verte libyenne, il guerroie au Liban et au Tchad avant de regagner sa terre natale pour prendre part à la révolte touarègue des années 1990. Toutefois, c’est en 1996, lorsqu’il rejoint les Forces armées maliennes (FAMA), et que s’ouvre pour lui une véritable épopée au service de l’unité nationale.
Du stratège avisé
Pour saisir l’admiration que lui vouent ses pairs, il convient de se plonger dans l’année funeste 2012. Alors que le MNLA et Ansar Dine s’emparent du Nord, le colonel-major Gamou commande la garnison de Kidal. Encerclé, trahi par certains des siens et conscient que ses soldats originaires du Sud sont promis à une mort certaine, il refuse le sacrifice inutile. Il accomplit alors ce que ses détracteurs nomment une « reddition » et ses admirateurs un acte de génie tactique. Devant les micros de RFI et les caméras occidentales, il feint de rallier les rebelles pour sauver ses hommes. Sous le regard du monde, il négocie la vie de ses troupes sudistes avant de prendre la direction du Niger, emmenant avec lui sa famille et ses soldats. Il ne s’agissait point d’une fuite, mais d’un repli stratégique. « Mon premier souci était de les sauver », confiera-t-il plus t**d. Cet épisode demeure comme l’illustration parfaite de son credo : refuser tout compromis fondé sur la traîtrise, fût-ce sous la menace des armes.
Du survivant
La preuve de son destin hors du commun survient quelques mois plus t**d, toujours au Niger. Le 02 décembre 2012, un djihadiste fait feu sur lui à bout portant. Deux projectiles atteignent son garde du corps, un troisième ricoche… sur son téléphone portable. Ayant échappé à la mort par un incroyable hasard, Gamou maîtrise lui-même son agresseur. Ce jour-là, il sort de l’ombre en « survivant », renforçant sa légende d’homme protégé par le ciel pour une mission sacrée.
Du libérateur de Ménaka et du « revanchard »
L’année 2023 restera comme celle de la consécration : la prise de Kidal le 14 novembre, par l’armée malienne et sa nomination immédiate au poste de Gouverneur. Mais avant cela, il y avait eu 2013. Dès le déclenchement de l’Opération Serval, Gamou sort de son exil nigérien. À la tête d’une colonne de soixante-dix-sept (77) pick-up et de sept (700) hommes (dont cinq cents (500) Touaregs Imghad), il fonce sur Ménaka, accompagné de nombreux soldats de l’armée régulière et de combattants issus de sa propre communauté, lesquels lui sont éternellement fidèles. Il convient de préciser que la France et la MINUSMA protestèrent contre la prise de Ménaka par l’armée malienne ayant à sa tête Gamou. La France et Barkhane entreprirent tout pour que l’armée malienne et Gamou évacuent la ville. Gamou refusa. Des négociations s’engagèrent, au terme desquelles Gamou obtint qu’aucun groupe armé ne revînt dans la cité de Ménaka, qu’il libéra sans combat le 15 janvier.
Quelques semaines plus t**d, c’est à Gao qu’il se distingue. Le 21 février, il engage ses hommes directement contre les djihadistes du MUJAO lors de la quatrième bataille de Gao, lavant ainsi l’affront des défaites passées. La soif de revanche du général le mena jusqu'à Anéfif et dans l'Adrar des Ifoghas. Dans cette région, ses hommes firent campagne avec Serval et Barkhane contre les terroristes du MUJAO à Gao et contre Ansar Dine à Kidal, et prirent une part décisive à la bataille de Tigargar, jadis l'épicentre de tous les groupes terroristes du Sahel.
De l’honneur contre le déni
Aujourd’hui, alors qu’il exerce la fonction de Gouverneur de Kidal, Gamou incarne cette figure rare : un général touareg qui a su discerner l’idéal indépendantiste de sa jeunesse (dans les années 1990) de la réalité de l’intérêt national.
Ainsi que le soulignent ses proches, il est « l’illustration vivante de la fidélité ». Dans une contrée où la parole donnée se vend souvent au plus offrant, Gamou reste un homme de parole. Il a survécu à la haine des leaders de la rébellion et des groupes terroristes, aux tentatives d’assassinat et aux pressions familiales. Il a vu Iyad Ag Ghali — son ancien frère d’armes devenu chef d’AQMI — sombrer dans l’horreur, tandis que lui-même demeurait droit, défendant son peuple sans jamais renier l’État malien.
Par ailleurs, malgré l’opposition des groupes armés à l’organisation des élections, Gamou a mobilisé ses combattants et les siens pour assurer la réussite du scrutin à Kidal, Tessalit et Aguelhoc.
Gamou n’est pas seulement un général. Il est le rempart contre le chaos, le berger qui refuse de disperser le troupeau et un grand homme dont le patriotisme — cet amour viscéral des siens et de sa terre — force l’admiration du Mali tout entier.

22/05/2026

IRAN – AES : le « souverainisme » et la « révolution »
Chronique d’une double trajectoire, entre théocratie nucléaire et recomposition sahélienne
Téhéran et Bamako – L’histoire géopolitique a parfois le sens du paradoxe. D’un côté, la République islamique d’Iran, vétéran de l’anti-impérialisme, guidée par un clergé chiite au pouvoir depuis 1979. De l’autre, l’Alliance des États du Sahel (AES), jeune bloc formé par le Mali, le Burkina Faso et le Niger, dirigé par des militaires patriotes. À première vue, tout les sépare. Pourtant, ces deux entités partagent une même ambition : affirmer leur souveraineté contre l’ordre occidental établi, quitte à en payer le prix de l’isolement.
1. Un même refus de la tutelle occidentale
Le point de départ est comparable. Pour l’Iran, la rupture intervient en 1979. La révolution islamique chasse le shah, allié des États-Unis, et instaure un régime ouvertement hostile à l’Occident. La prise d’otages de l’ambassade américaine à Téhéran scelle cette cassure. L’ennemi est désormais « le Grand Satan » américain, rapidement rejoint par la France et le Royaume-Uni.
Pour l’AES, le processus est plus récent. Entre 2020 et 2023, des conseils militaires prennent le pouvoir à Bamako, Ouagadougou puis Niamey. Leur premier geste consiste à dénoncer les accords de coopération militaire avec la France, jugée intrusive et inefficace face au djihadisme. L’accusation de « néocolonialisme » devient le ciment idéologique du nouveau bloc.
Dans les deux cas, la rupture s’enracine dans une mémoire douloureuse d’ingérences passées : le coup d’État de 1953 en Iran, orchestré par la CIA et les services britanniques ; et l’opération Barkhane au Sahel, perçue comme une mainmise française. L’histoire sert ainsi de carburant, et la victimisation devient un ressort politique.
2. La tentation du contrepoids russe et chinois
Rejeter l’Occident ne suffit pas. Il faut trouver des appuis alternatifs. L’Iran se tourne dès les années 1980 vers la Russie (alors URSS) et, plus récemment, vers la Chine. Téhéran reçoit des technologies militaires russes – drones, systèmes de défense – et participe au corridor économique chinois dans le cadre des Routes de la soie. L’axe Moscou-Pékin-Téhéran se renforce sous le régime des sanctions occidentales.
L’AES emprunte une voie similaire. Après le départ des troupes françaises, les juntes font appel à l’Africa Corps (ex-groupe Wagner). En échange de ressources minières – or, uranium –, la Russie fournit un soutien militaire et une couverture diplomatique au Conseil de sécurité de l’ONU. La Chine, plus discrète, investit dans les infrastructures sans imposer de contreparties politiques explicites.
Ce pivot vers Moscou est perçu par l’Occident comme une provocation délibérée et un cheval de Troie russe en Afrique. Mais du point de vue de ces régimes, il s’agit simplement de diversifier leurs alliances face à un ordre international jugé hostile.
3. Deux stratégies régionales opposées
C’est sur le terrain régional que les chemins divergent nettement. L’Iran a développé une stratégie de projection, via ce qu’il appelle « l’axe de la résistance ». Il soutient des groupes armés non étatiques : Hezbollah libanais, Houthis yéménites, factions irakiennes, Hamas palestinien. L’objectif est de peser sur Israël, de déstabiliser les monarchies arabes sunnites et de créer un glacis stratégique autour de ses frontières. Cette guerre par procuration permet à Téhéran de défier l’ordre régional sans engagement direct.
L’AES, en revanche, adopte une posture défensive. Face à l’hostilité de la CEDEAO, qui réclame un retour à l’ordre constitutionnel, les trois pays ont choisi de quitter l’organisation et de fermer leurs frontières. L’alliance militaire entre le Mali, le Burkina et le Niger est un pacte d’assistance mutuelle, non un outil d’exportation idéologique. Aucune tentative de déstabiliser les voisins – Bénin, Togo, Côte d’Ivoire – n’est à signaler. Les juntes sont avant tout préoccupées par leur survie interne face au djihadisme.
En somme, l’Iran est un révolutionnaire projectionniste ; l’AES, un souverainiste replié sur lui-même.
4. Le coût de l’hostilité : sanctions, isolement, insécurité
Cette position hors du système a un prix élevé pour les deux parties.
Indicateur: Iran/AES
Sanction :Multilatérales (ONU, UE, États-Unis) – paralysent l’économie, l’aviation, le pétrole/Sanctions ciblées de la CEDEAO et de l’UE (suspension d’aides, fermeture des frontières)
Diplomatie: Isolé au sein du monde arabe (sauf Syrie et Hezbollah)/Suspendu de l’Union africaine et de la CEDEAO,
Sécurité Menace permanente d’Israël, tensions dans le golfe Persique/Expansion des groupes djihadistes vers le sud (Bénin, Togo) en raison du vide sécuritaire
Economie/Chômage élevé, inflation, économie de contrebande Hausse de la pauvreté, rupture des corridors commerciaux régionaux.
L’Iran subit cet étau depuis plus de quarante ans et a développé une « économie de résistance » – un euphémisme pour désigner le troc, la fraude et le contournement des sanctions. L’AES, elle, n’en est qu’au début et découvre les difficultés de la gestion sous pression.
5. Perspectives : nucléaire d’un côté, résilience de l’autre
L’Iran se trouve aujourd’hui au seuil de l’arme nucléaire, ce qui lui offre une assurance-vie stratégique dans un environnement régional hostile. Une fois cette capacité acquise, Téhéran pourra continuer à défier ses adversaires sans craindre d’invasion. C’est une option coûteuse mais efficace.
L’AES, elle, en est très loin. Sa principale force réside dans le soutien d’une opinion publique nationale favorable, lassée des ingérences étrangères. Son rempart repose sur des partenariats sincères – Russie, Turquie, éventuellement Chine – et sur la persistance d’un espoir souverainiste. Si la pression sécuritaire et économique devenait insoutenable, c’est cet espoir qui pourrait permettre de tenir.
Conclusion : deux révoltes, une même mélancolie
Au fond, ces deux expériences partagent un enseignement commun : contester l’ordre occidental confère une légitimité nationale à bon marché. Dans les rues de Téhéran comme dans les capitales sahéliennes, les discours antisystèmes trouvent un écho favorable. Les élites traditionnelles s’étranglent ; les foules applaudissent.
L’Iran incarne le révolutionnaire usé, projectionniste et nucléarisé, survivant par la dissuasion et la répression interne. L’AES joue le rôle du rebelle africain, volontaire mais fragile, cherchant à exister hors du giron occidental. Deux enfants du même refus, que presque tout sépare – hormis le prix exorbitant à payer pour affirmer sa souveraineté.
L’histoire jugera. En attendant, ces régimes offrent un spectacle fascinant : celui de la souveraineté en construction, avec ses succès, ses illusions et ses contradictions.

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