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Le coin du coordođ:
Dans les UnitĂ©s de Gestion de Projet (UGP), le Responsable Administratif et Financier (RAF) occupe une position stratĂ©gique. Il est le garant de lâutilisation efficace des ressources, mais trop souvent, sa mission se transforme en un frein Ă lâaction. Puisqu'entre les procĂ©dures complexes, les contrĂŽles tatillons et une communication opaque, le service financier devient une forteresse isolĂ©e, sauf que cette situation nâest pas une fatalitĂ©, car mon propre vĂ©cu le prouve de façon Ă©loquence, en qualitĂ© de coordonnateur du projet de filets sociaux productifs, j'ai eu l'insigne honneur de decouvrir un jeune expert dont l'implication a pu montrer quâun autre modĂšle est possible.
ArrivĂ© dans une unitĂ© engluĂ©e dans des rĂ©pliques procĂ©durales mal ajustĂ©es, ce jeune expert, formĂ© dans les institutions internationales, a rapidement identifiĂ© les symptĂŽmes de dysfonctionnement : une culture de collaboration basĂ©e sur la dictature des postes, oĂč chaque agent dĂ©fendait son territoire sans ouverture ; un langage financier hermĂ©tique qui Ă©loignait les autres membres de lâĂ©quipe ; une accumulation de procĂ©dures complexes qui re**rdaient lâexĂ©cution des activitĂ©s ; et surtout, une dĂ©fiance gĂ©nĂ©ralisĂ©e oĂč chaque demande de fonds Ă©tait perçue comme une potentielle source de fraude.
Mais plutĂŽt que de se conformer Ă cette dynamique, il a choisi de transformer radicalement la gestion financiĂšre. Dâabord, il a simplifiĂ© les procĂ©dures, rĂ©duisant les formulaires Ă lâessentiel, introduisant une checklist claire pour chaque type de dĂ©pense. Ensuite, il a adoptĂ© une communication pĂ©dagogique, expliquant les rĂšgles aux membres de lâĂ©quipe, les aidant Ă comprendre pourquoi elles existent et comment les respecter sans perdre de temps. Cette transparence a immĂ©diatement renforcĂ© la confiance et rĂ©duit les frustrations.
En parallĂšle, il a changĂ© sa posture, passant de contrĂŽleur Ă facilitateur. PlutĂŽt que de bloquer les demandes incomplĂštes, il contactait directement les initiateurs pour les aider Ă corriger les erreurs. Chaque rejet devenait une opportunitĂ© de formation. Il ne sâest pas arrĂȘtĂ© lĂ . Il a introduit une gestion proactive des ressources, anticipant les besoins des diffĂ©rentes composantes, planifiant les dĂ©caissements, et veillant Ă ce que les lignes budgĂ©taires soient alignĂ©es avec les prioritĂ©s du projet.
Ce changement de culture nâa pas seulement Ă©tĂ© une question de mĂ©thode, mais aussi de collaboration. Il a organisĂ© des rĂ©unions rĂ©guliĂšres avec les autres spĂ©cialistes (passation des marchĂ©s, suivi-Ă©valuation, communication) pour comprendre leurs dĂ©fis, anticiper les blocages financiers et proposer des solutions conjointes. LâunitĂ© est passĂ©e dâun environnement cloisonnĂ©, oĂč chaque spĂ©cialiste fonctionnait en silo, Ă une Ă©quipe intĂ©grĂ©e.
Les rĂ©sultats ne se sont pas fait attendre. Les dĂ©lais de traitement des dossiers financiers ont Ă©tĂ© rĂ©duits de moitiĂ©. Les membres de lâĂ©quipe, autrefois rĂ©ticents, ont commencĂ© Ă solliciter les conseils du service financier. Les tensions ont laissĂ© place Ă une coopĂ©ration fluide, et les partenaires techniques ont saluĂ© lâefficacitĂ© de la gestion financiĂšre.
Cet esprit de transformation a Ă©tĂ© particuliĂšrement visible dans la Cellule des Filets Sociaux Productifs. Une unitĂ© qui, avant lâarrivĂ©e du jeune expert, Ă©tait perçue comme une tour de Babel, oĂč les procĂ©dures sâempilaient sans logique, et oĂč chaque demande de fonds devenait un parcours du combattant. En quelques mois, il a redonnĂ© du souffle Ă lâĂ©quipe, transformant la gestion financiĂšre en un support adaptĂ© et adoptif.
Cette expĂ©rience montre quâun service financier nâest pas seulement un espace de contrĂŽle, mais un vĂ©ritable levier de performance. Tout dĂ©pend de la posture adoptĂ©e par le RAF. Entre rigiditĂ© et souplesse, entre conformitĂ© et soutien, il y a une voie de lâintelligence pratique. Et câest cette voie qui fait toute la diffĂ©rence.
Abdoulaye Wansan Bah
Spécialiste en Gestion des Projets
Le coin du coordođ:
Une confusion des rĂŽles qui persĂ©vĂšre dans la mise en Ćuvre des projets,
Dans les UnitĂ©s de Gestion de Projet (UGP), une dĂ©rive discrĂšte mais lourde de consĂ©quences sâinstalle souvent : les coordonnateurs de projet en viennent Ă assumer des rĂŽles qui dĂ©passent largement leur mandat. Ce glissement, rarement dĂ©noncĂ©, est pourtant au cĆur de nombreuses inefficacitĂ©s et tensions dans la mise en Ćuvre des projets.
Ă lâorigine, le rĂŽle du coordonnateur est clair. Il est le responsable de lâexĂ©cution du projet, garant de la bonne gestion des ressources, du respect des procĂ©dures, et de lâatteinte des rĂ©sultats. Il est lâinterface entre les partenaires financiers, lâadministration publique et lâĂ©quipe de projet. Mais il nâest ni un dĂ©cideur politique, ni un stratĂšge des orientations de dĂ©veloppement. Sa mission est technique, administrative et managĂ©riale.
Pourtant, dans la pratique, cette frontiĂšre sâefface progressivement. Les coordonnateurs de projet se retrouvent souvent Ă prendre des dĂ©cisions qui devraient relever des autoritĂ©s nationales, des maĂźtres dâouvrage ou des dĂ©partements de tutelle. Ils arbitrent sur des orientations, choisissent des prioritĂ©s, et parfois mĂȘme modifient les activitĂ©s prĂ©vues, au nom du âpragmatismeâ ou de lââefficacitĂ©â. La culture des livrables.
Cette dĂ©rive trouve souvent son origine dans un phĂ©nomĂšne subtil : le silence des autoritĂ©s qui sont souvent confrontĂ©es Ă des choix stratĂ©giques difficiles, qui peuvent susciter des tensions ou des divergences et face Ă de telles rĂ©alitĂ©s, les autoritĂ©s prĂ©fĂšrent parfois Ă©viter lâaffrontement. Elles sâabstiennent de donner une directive claire, laissant ainsi au coordonnateur le soin de trancher. Ce silence est alors perçu par lâUGP comme une dĂ©lĂ©gation implicite de pouvoir, une forme dâautorisation tacite pour agir.
Mais ce silence nâest pas une approbation. Il est le signe dâune gĂȘne, dâune hĂ©sitation, ou dâune volontĂ© de ne pas ĂȘtre associĂ© Ă une dĂ©cision potentiellement controversĂ©e. En sâarrogeant le pouvoir de dĂ©cider Ă la place des maĂźtres dâouvrage, les coordonnateurs sortent de leur rĂŽle et endossent une responsabilitĂ© qui nâest pas la leur, câest comme si, en retirant de lâargent Ă la banque, le guichetier se permettait de vous dire quoi en faire.
Cette confusion des rÎles entraßne trois conséquences majeures :
1. Les projets deviennent des substituts des ministĂšres: plutĂŽt que de renforcer les capacitĂ©s institutionnelles et de soutenir les politiques publiques, les projets finissent par imposer leur propre logique. Les maĂźtres dâouvrage, censĂ©s ĂȘtre les pilotes des politiques sectorielles, deviennent des spectateurs de leur propre dĂ©veloppement.
2. Les dĂ©cisions sont dĂ©connectĂ©es des prioritĂ©s nationales: en lâabsence de validation formelle des autoritĂ©s, les choix effectuĂ©s par les UGP peuvent sâĂ©loigner des orientations stratĂ©giques du pays. Ce qui devait ĂȘtre un appui au dĂ©veloppement devient une source de confusion et de contradiction.
3. Les coordonnateurs deviennent des cibles de critiques: lorsquâun projet Ă©choue, lorsque les rĂ©sultats ne sont pas alignĂ©s avec les attentes des bĂ©nĂ©ficiaires, câest le coordonnateur qui est blĂąmĂ©. Non pas parce quâil a mal gĂ©rĂ©, mais parce quâil a pris des dĂ©cisions qui dĂ©passaient son mandat.
Pour sortir de cette spirale, il est crucial de rappeler et de respecter le rÎle réel des UGP :
Les coordonnateurs de projet sont des exécutants, pas des décideurs stratégiques, leur mission est de transformer les orientations fixées par les autorités en actions concrÚtes.
Les maĂźtres dâouvrage doivent assumer leur rĂŽle de pilotage. Ils sont les garants de la cohĂ©rence des projets avec les politiques nationales, leur silence ne doit jamais ĂȘtre interprĂ©tĂ© comme une dĂ©lĂ©gation de pouvoir.
Les dĂ©cisions stratĂ©giques doivent ĂȘtre validĂ©es par les autoritĂ©s. Quâil sâagisse de redĂ©finir des prioritĂ©s, de modifier des activitĂ©s ou de rĂ©orienter des ressources, ces choix doivent faire lâobjet dâun arbitrage clair.
Une charte de gouvernance des projets doit ĂȘtre Ă©tablie. Elle prĂ©ciserait les rĂŽles, les responsabilitĂ©s, et les limites de chaque acteur, Ă©vitant ainsi les dĂ©rives.
Les projets ne doivent pas devenir des entitĂ©s autonomes, imposant leur logique et leurs choix. Ils sont des outils au service des politiques nationales, et non des substituts aux institutions. La confusion des rĂŽles ne conduit quâĂ des malentendus, des dĂ©ceptions, et des Ă©checs.
Abdoulaye Wansan Bah
Spécialiste en Gestion des Projets
Le coin du coordođ:
La detresse du coordonnateur
Dans les UnitĂ©s de Gestion de Projet (UGP), une situation paradoxale se rĂ©pĂšte souvent. Les coordonnateurs, censĂ©s ĂȘtre les chefs dâorchestre, se retrouvent isolĂ©s, pris en Ă©tau entre les exigences institutionnelles, les attentes des autoritĂ©s, et les rĂšgles strictes des procĂ©dures de projet. Cette solitude est souvent aggravĂ©e par une posture frĂ©quente de certains collĂšgues, notamment les consultants et spĂ©cialistes techniques.
âChef, ça, câest votre problĂšme avec les autoritĂ©s, moi, ce sont les rĂšgles, rien que les rĂšgles.â, combien de fois un coordonnateur a-t-il entendu cette phrase, lancĂ©e avec assurance par un spĂ©cialiste en passation des marchĂ©s, un responsable administratif et financier, ou un spĂ©cialiste en suivi-Ă©valuation ?
Ce discours est simple, direct, et sécurisant pour celui qui le tient, sauf que pour le coordonnateur, il est dévastateur, il signifie que tout ce qui dépasse le cadre rigide des procédures devient une charge personnelle, un problÚme isolé.
Or, cette posture cache une profonde mĂ©connaissance de la rĂ©alitĂ© des projets dans un environnement institutionnel complexe. Elle ne tient pas compte du fait que lâarchitecture institutionnelle des projets reste fortement liĂ©e aux logiques administratives, que les dĂ©cisions ne sont jamais purement techniques, et que chaque refus, chaque ânonâ ou chaque âouiâ doit ĂȘtre mesurĂ© en fonction de ses impacts politiques et opĂ©rationnels.
Dans ce contexte, un âouiâ dit au mauvais moment, ou un ânonâ exprimĂ© de maniĂšre inappropriĂ©e, peut avoir des consĂ©quences dĂ©sastreuses. Un refus brutal peut crĂ©er des tensions avec les autoritĂ©s de tutelle. Une acceptation sans condition peut ouvrir la voie Ă des exigences futures impossibles Ă satisfaire. Ce sont les mĂȘmes autoritĂ©s avec lesquelles il faut nĂ©gocier, obtenir des dĂ©rogations, accĂ©lĂ©rer des processus, ou rattraper un re**rd.
Le coordonnateur se retrouve donc souvent pris entre deux feux : dâun cĂŽtĂ©, les autoritĂ©s qui exigent des rĂ©sultats et une flexibilitĂ© dans lâaction ; de lâautre, des collĂšgues techniques qui sâabritent derriĂšre les rĂšgles, refusant de co-construire des solutions. Cette situation devient encore plus difficile lorsque ces mĂȘmes collĂšgues, qui se protĂšgent derriĂšre les procĂ©dures, viennent ensuite solliciter une intervention du coordonnateur pour accĂ©lĂ©rer une validation, obtenir une exception ou contourner un blocage.
Cette dynamique crĂ©e un climat de mĂ©fiance et de frustration. Le coordonnateur devient le porteur des problĂšmes, celui qui doit justifier, expliquer, nĂ©gocier, sans soutien rĂ©el de son Ă©quipe. Il est attendu comme un magicien, capable de transformer les blocages en solutions, tout en respectant les rĂšgles, en apaisant les autoritĂ©s, et en maintenant la cohĂ©sion de lâĂ©quipe. Mais comment y parvenir lorsque ceux qui devraient ĂȘtre ses alliĂ©s deviennent eux-mĂȘmes des obstacles ?
Cette situation met en lumiÚre une réalité simple mais ignorée : la culture de collaboration au sein des UGP est souvent défaillante. Les experts techniques, coupés des réalités institutionnelles et des contraintes politiques, se réfugient dans le confort des procédures. Le coordonnateur, lui, navigue entre les pressions externes et les résistances internes. Il ne lui reste que la responsabilité des décisions, sans toujours disposer du pouvoir de les faire accepter.
Pour sortir de cette spirale, trois principes doivent ĂȘtre redĂ©finis au sein des unitĂ©s de projet :
1. La co-construction des solutions. Les collĂšgues techniques doivent comprendre que leur rĂŽle ne se limite pas Ă appliquer les rĂšgles, mais Ă adapter les solutions pour garantir lâatteinte des objectifs.
2. LâĂ©ducation Ă la rĂ©alitĂ© institutionnelle: une formation rĂ©guliĂšre sur les enjeux politiques, les attentes des autoritĂ©s et les consĂ©quences des dĂ©cisions doit ĂȘtre intĂ©grĂ©e aux pratiques de gestion des UGP.
3. La responsabilisation partagĂ©e: chaque membre de lâĂ©quipe doit comprendre que la rĂ©ussite du projet repose sur une intelligence collective, et non sur des cloisonnements techniques.
Le coordonnateur nâest pas un magicien. Câest un leader de solutions. Mais pour rĂ©ussir, il a besoin dâune Ă©quipe qui accepte de rĂ©flĂ©chir, de sâadapter, et de construire avec lui. Sans cette culture de collaboration, il nây a que des Ăźlots de compĂ©tence sans impact.
Abdoulaye Wansan Bah
Spécialiste en Gestion des Projets
Le Coin du Coordođ:
Le diagnostic des compétences, une nécessité oubliée pour un renforcement des capacités pertinent
Le renforcement des capacitĂ©s est souvent prĂ©sentĂ© comme une prioritĂ© dans les unitĂ©s de projet. Chaque annĂ©e, des budgets consĂ©quents sont mobilisĂ©s pour former les Ă©quipes, renforcer leurs compĂ©tences, amĂ©liorer leur performance. Des millions de francs guinĂ©ens sont dĂ©pensĂ©s, des sessions de formation sont organisĂ©es dans des destinations prestigieuses comme le Canada, la France ou les Ătats-Unis. Mais une question cruciale demeure : ces formations rĂ©pondent-elles rĂ©ellement aux besoins des projets ?
En rĂ©alitĂ©, il arrive trop souvent que le choix des thĂšmes de formation, des destinations et mĂȘme des centres soit dĂ©terminĂ© par tout autre chose que les intĂ©rĂȘts de la mission. DerriĂšre les intitulĂ©s formels, se cachent souvent des agendas personnels, des prĂ©textes de voyage, des programmes privĂ©s dĂ©guisĂ©s en besoins institutionnels. Le renforcement des capacitĂ©s devient un alibi pour justifier des dĂ©placements, une lĂ©gitimation dâinitiatives personnelles. Et ce phĂ©nomĂšne nâest pas anecdotique. Il est au cĆur de lâinefficacitĂ© des programmes de formation.
Le problĂšme commence dĂšs lâidentification des besoins. PlutĂŽt que de partir dâun diagnostic rigoureux des compĂ©tences, qui analyse les Ă©carts entre les fonctions attendues, les profils des agents, leurs capacitĂ©s rĂ©elles et les exigences des postes, on laisse souvent les intĂ©ressĂ©s eux-mĂȘmes dĂ©terminer leurs besoins. Le spĂ©cialiste en passation des marchĂ©s exprime son dĂ©sir de suivre une formation sur les marchĂ©s publics⊠en France. Le spĂ©cialiste en suivi-Ă©valuation demande une session dâinitiation au suivi-Ă©valuation⊠au Canada. Le responsable administratif et financier souhaite se former Ă la gestion budgĂ©taire⊠aux Ătats-Unis. Des thĂšmes souvent basiques, parfois Ă©lĂ©mentaires, qui en rĂ©alitĂ© devraient ĂȘtre des prĂ©requis Ă leur recrutement.
Mais pourquoi cette situation persiste-t-elle ? Parce que le processus de sĂ©lection des formations est capturĂ© par des intĂ©rĂȘts personnels, et non basĂ© sur une analyse des besoins de lâunitĂ©. Pire, les centres de formation sont parfois choisis par les bĂ©nĂ©ficiaires eux-mĂȘmes, transformant le coordonnateur en distributeur de âcadeaux de formationâ. Des rumeurs circulent, des perceptions de favoritisme se dĂ©veloppent, et la crĂ©dibilitĂ© du dispositif de renforcement des capacitĂ©s sâeffondre.
Pourtant, la solution est simple, mais exigeante. Tout doit commencer par un diagnostic des compĂ©tences, menĂ© de maniĂšre objective, sous la supervision du responsable administratif et financier (RAF), qui est en rĂ©alitĂ© le responsable des ressources humaines dans lâunitĂ© de projet. Ce diagnostic doit identifier :
Les compétences requises pour chaque poste.
Les compétences effectivement détenues par chaque agent.
Les écarts de compétences entre ce qui est attendu et ce qui est disponible.
Ă partir de cette analyse des Ă©carts, un Programme de Renforcement des CapacitĂ©s (PRC) doit ĂȘtre Ă©laborĂ©, avec des orientations claires, des thĂšmes pertinents, et des centres de formation rigoureusement sĂ©lectionnĂ©s en dĂ©but dâannĂ©e, sur la base de critĂšres objectifs (coĂ»ts, qualitĂ© des modules, pertinence par rapport aux besoins identifiĂ©s).
Il ne devrait plus ĂȘtre possible pour un agent de choisir lui-mĂȘme sa formation. Le RAF, avec lâaval du coordonnateur, doit sâassurer que chaque formation rĂ©pond aux besoins du projet, et non aux prĂ©fĂ©rences individuelles. Câest une question de cohĂ©rence, dâefficacitĂ©, et de transparence. Car tant que le PRC restera un prĂ©texte pour justifier des voyages, les millions dĂ©pensĂ©s nâapporteront aucun impact rĂ©el sur la performance des Ă©quipes.
Ce diagnostic des compĂ©tences est dâautant plus crucial quâil permet non seulement de former les agents, mais aussi de rĂ©ajuster les recrutements, de mieux dĂ©finir les profils, et de garantir que les projets disposent de capacitĂ©s rĂ©ellement alignĂ©es sur leurs ambitions. Il est temps de sortir de la culture du voyage de formation, pour entrer dans celle de la compĂ©tence dĂ©montrĂ©e et vĂ©rifiable.
â Abdoulaye Wansan Bah
Spécialiste en Gestion des Projets.
Coin du coordođ:
Le coordonnateur de projet â au-delĂ des faux-semblants, pour une charte nationale
Dans de nombreuses unitĂ©s de projet, la figure du coordonnateur suscite souvent des perceptions ambiguĂ«s. TantĂŽt perçu comme un relais des partenaires financiers, tantĂŽt considĂ©rĂ© comme un fonctionnaire dĂ©tachĂ© des rĂ©alitĂ©s locales, il finit par incarner un rĂŽle incertain, tiraillĂ© entre des attentes contradictoires. Cette confusion nâest pas anodine, et elle trouve ses racines dans un glissement progressif de son langage et de ses postures.
Trop souvent, le coordonnateur se rĂ©fugie derriĂšre un jargon technique qui tourne autour des termes comme âavis de non-objectionâ, âle bailleurâ, âTTLâ, âles rĂšgles du bailleurâ. Ces expressions, omniprĂ©sentes dans ses Ă©changes, finissent par donner lâimpression quâil est davantage lâambassadeur des exigences externes que le promoteur des intĂ©rĂȘts nationaux. Pire, il en vient Ă apparaĂźtre comme un agent de conformitĂ© aveugle, plus soucieux de respecter les directives que de rechercher des solutions adaptĂ©es aux rĂ©alitĂ©s locales.
Cette perception mâest revenue en pleine conscience en mars 2020, lors dâune rĂ©union avec Madame la Ministre du Plan et du DĂ©veloppement Ăconomique (MPDE). Je mâĂ©tais lancĂ© dans une longue explication des rĂšgles et procĂ©dures Ă suivre avant la signature de lâordre de mission dâun cabinet. Je rappelais, avec une prĂ©cision presque acadĂ©mique, les Ă©tapes, les validations nĂ©cessaires, les conditions de conformitĂ©. Madame la Ministre mâĂ©coutait attentivement, sans mâinterrompre. Puis, lorsque jâai enfin terminĂ©, elle mâa posĂ© une question simple mais percutante :
âDâaccord, Monsieur Bah. Maintenant, la solution est oĂč dans votre liturgie procĂ©durale ? La solution que vous ĂȘtes supposĂ© mâapporter ? Ăloignez-vous de la culture des procĂ©dures pour adopter la culture des solutions. On ne vous dĂ©signe pas pour nous enseigner les rĂšgles, mais pour les exploiter et nous trouver des solutions.â
Cette phrase, directe mais bienveillante, a Ă©tĂ© une rĂ©vĂ©lation. Elle mâa rappelĂ© que le coordonnateur de projet nâest pas le gardien des rĂšgles. Il est lâarchitecte des solutions. Sa mission ne se limite pas Ă veiller au respect des normes, mais Ă garantir que ces normes permettent dâatteindre les objectifs fixĂ©s.
Or, cette mission est souvent trahie par une culture administrative figĂ©e, oĂč les procĂ©dures deviennent des fins en soi. Le coordonnateur, au lieu dâĂȘtre un facilitateur de solutions, se mue en gardien des blocages. Il devient celui qui explique pourquoi on ne peut pas avancer, plutĂŽt que celui qui cherche comment avancer malgrĂ© les contraintes.
Câest pourquoi il est urgent de redĂ©finir son rĂŽle et dâencadrer sa mission par une Charte Nationale du Coordonnateur de Projet. Une charte qui rappellerait que :
-Les principes fondamentaux de la fonction sont la neutralité, la transparence et la responsabilité.
-Les outils de gouvernance Ă utiliser doivent favoriser la prise de dĂ©cision, et non lâobstruction.
-Les rĂ©fĂ©rentiels et standards doivent ĂȘtre des points de repĂšre, non des barriĂšres.
-Les compétences minimales doivent inclure la résolution de problÚmes, la négociation et la communication.
-Les risques Ă Ă©viter incluent la dĂ©pendance excessive aux directives externes, lâisolement dans les procĂ©dures et lâincapacitĂ© Ă adapter les rĂšgles aux besoins rĂ©els.
En fin de compte, ĂȘtre coordonnateur, ce nâest pas seulement connaĂźtre les procĂ©dures. Câest savoir les utiliser pour produire des rĂ©sultats, pour dĂ©bloquer les situations, pour construire des solutions durables. Câest cette culture des solutions quâil faut promouvoir.
â Abdoulaye Wansan Bah
Spécialiste en Gestion des Projets
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