Madame Inestimable

Madame Inestimable

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23/01/2026

Si tu dois faire 2 fois plus d’efforts pour leur faire plaisir alors sache que tu n’es certainement pas au bon endroit

06/01/2026

🖊️---Sauvée par ce vieil homme🥀

Encore un matin, sec et fade.
Salma jeta son sac sur son épaule et grimpa dans le gbaka.
Sans dire mot, elle s’assit et posa ta tête contre la vitre cassée. Le vent du trajet lui fouettait le visage, la réveillant presque de ses rêveries. Les odeurs du matin, elles, étaient insupportables. Mais elle était prête à les supporter pour éviter le regard de ses voisins.
"Nous avons tous des problèmes", grogna-t-elle en elle-même.

— Apprenti, je descends au feu! lança-t-elle en apercevant la cathédrale Saint-André au loin.

Elle se précipita dès que l’apprenti ouvrit la portière arrière.

L’air du matin était encore lourd.
Salma ajusta son foulard et se glissa dans le rang de taxis de Cocody, au lavage de Yopougon.
Un lieu de passage. De fatigue. D’attente.
Les moteurs tournaient au ralenti, les klaxons se répondaient. Les moteurs fatigués. Les visages fermés. Les gens pressés d’aller quelque part sans vraiment savoir pourquoi.

Salma aussi allait quelque part. C’est là qu’elle le vit pour la première fois, et toutes les autres fois.

Aujourd'hui encore Il était déjà là.
Toujours au même endroit.
Un vieil homme au dos légèrement courbé, vêtu simplement, debout comme s’il n’attendait rien.
Ni taxi. Ni quelqu’un.

Quand Salma passa devant lui, tête baissée, il parla.

— Bonjour. Dieu t’aime.

Elle continua de marcher.
Elle avait entendu. Aujourd'hui encore.
Mais son cœur était trop plein pour s’arrêter sur des mots.

Ces derniers mois, Salma ne croyait plus aux phrases simples. Elles étaient creuses et vides de sens. Depuis son divorce, tout avait changé. son cœur était devenu lourd. Si lourd qu’elle se demandait parfois à quoi bon continuer à se lever. mais il le fallait, les charges ne comprenaient pas la tristesse.

Il y a 7 mois elle avait divorcé sans bruit, comme on ferme une porte qu’on n’a plus la force de maintenir ouverte.
Elle avait sombré dans la dépression peu de temps après et perdu son emploi de secrétaire dans la foulée.
Puis, presque naturellement, le soutien de sa famille s’était effrité.Les appels espacés. Les silences plus longs. Comme pour la punir de n'avoir pas écouté leurs injonctions de ne pas quitter ce foyer dans lequel elle était constamment humiliée.

Il ne lui restait que ce contrat temporaire à Cocody. A son comptoir d’accueil. Un contrat temporaire qui semblait vouloir s'éterniser. Où on lui demandait d’offrir un sourire alors qu’elle n’en avait plus pour elle-même.

Dans ce brouhaha de sentiments tortueux quotidiens, il ya avait cependant une constante. Ce vieil homme, et toujours cette phrase.

— Bonjour. Dieu t’aime.

Au début il l'agaçait, puis elle s'en était fit. Elle se surprenait parfois à le chercher des yeux.
Un matin, alors qu’elle se sentait particulièrement vide, Salma ralentit le pas.

— Pourquoi vous dites ça à tout le monde ? demanda-t-elle sans le regarder vraiment.

Il eut un petit rire doux.

— Parce que beaucoup l’ont oublié.

Elle resta silencieuse, repartit.

Ce jour-là, au comptoir, quelque chose elle y repensa et se dit en elle-même "Et moi… l’aurais-je oublié ?"

Elle s'efforça de sourire. Du moins de rendre son sourire naturel. Il était encore maladroit, mais moins lourd.

Le lendemain, elle ne le vit pas. Et le surlendemain non plus. Elle s'inquieta. Demanda à la vendeuse de sandwich. Pas de nouvelles. Toute la journée elle se demanda s'il reviendrait.

Et il fut là le jour suivant. À sa place, dos vouté, sourire toujours aussi large. Il lui dit:
— Bonjour. Dieu t’aime.

Elle lui rendit son sourire suivi d’un “bonjour” timide. Dieu vous aime aussi.

Ce matin-là, en montant dans le taxi de Cocody, elle murmura presque :

— … Dieu m’aime.

Et pour la première fois depuis longtemps, elle y crut.

Parfois, un regard sincère.
Parfois, un simple bonjour, dit avec le cœur,
ne change pas seulement une journée.

Il sauve une vie.
Et rallume une flamme.

Madame Inestimable

02/01/2026

𝑳𝒂 𝒇𝒊𝒍𝒍𝒆 𝒂𝒖 𝒄𝒂𝒓𝒏𝒆𝒕 𝒓𝒐𝒖𝒈𝒆

Épisode 1 : La femme qui gueulait au téléphone

Je rentrai chez moi ce soir-là vidée.
Pas le genre de fatigue spectaculaire.
Non.
Celle qui s’installe doucement, qui alourdit les épaules et ralentit les pensées.
Je refermai la porte derrière moi, me débarrassai de mes chaussures dans l’entrée, puis je jetai mon sac sur le lit sans même le regarder.
Direction la do**he.
L’eau chaude pour faire taire la journée.
Pour faire taire les voix.
Pour me retrouver seule, enfin.
Quand je revins dans la chambre, encore enveloppée de vapeur, j’attrapai un bol.
Corn flakes.
Sans enthousiasme.
Sans effort.
Je n’avais aucune envie de cuisiner.
Et puis, semblait il que j’avais des kilos à perdre.
Romaric me l’avait dit le matin même, avec ce sourire mi-blague mi-jugement qu’il affectionne.
Mauvais goût ?
Ou vérité déguisée en humour ?
Je n’avais pas tranché. Je n’en avais pas l’énergie.
Je me vautrai dans mes draps, le bol posé sur le ventre, le regard accroché au plafond.
Je pensais au film que j’allais lancer.
Quelque chose de léger.
Ou rien du tout.
Et puis je m’en souvins.
Le carnet.
Je tendis le bras, fouillai dans mon sac à l’aveugle, et je le sortis.
Intriguée.
Depuis le matin, ces gribouillis au dos me hantaient.
Des traits nerveux.
Presque violents.
Comme si quelqu’un avait écrit pour ne pas crier.
Je l'ouvris.
Sur la première page, écrit en lettres appuyées, presque rageuses :
La femme qui gu**le tout le temps.
J’expirai lentement.
Puis je le lu.

---Jeudi 26 juillet

À peine installée sur mon siège du bus 204 que je l’aperçus.
Encore.
Elle se tenait en face de moi.
Cheveux tirés en arrière dans une queue de cheval qui semblait tirer jusqu’à son âme.
Un tailleur un peu trop moulant pour la chaleur étouffante du matin.
Téléphone collé à l’oreille.
Elle écoutait.
Silencieuse d’abord.
Tendue.
Puis quelque chose a lâché.
— Non ! Je t’arrête là, Florent. Tu racontes des c***eries… non.
Pfff. Arrête de faire ta victime, bon sang !
Elle gueulait.
Encore.
Comme hier.
Comme avant-hier.
Les regards autour d’elle se sont levés, agacés, excédés.
Certains soupiraient bruyamment.
D’autres levaient les yeux au ciel, comme si elle avait choisi ce bus précisément pour polluer leur matin.
Moi aussi, je l’ai jugée.
Je me suis dit qu’elle abusait.
Qu’on ne règle pas ses problèmes dans un bus bondé.
Qu’il y a des limites.
— Tu veux que je te croie ?
Une mission à Yamoussoukro ?
Trois jours ?
Trois jours sans réseau, Florent ?
Sa voix tremblait désormais.
Elle ne criait plus pour dominer.
Elle criait pour ne pas s’effondrer.
— Tu m’as pris pour qui, hein ?
Pour une idiote bien pratique pendant que tu te faisais la belle ailleurs ?
Un silence pesant s’est installé.
Même le bus semblait retenir son souffle.
— Le pire… ce n’est même pas elle.
C’est toi.
C’est la facilité avec laquelle tu m’as menti.
Elle a dégluti.
— J’ai cru en toi.
Comme une c***e.
Elle a raccroché net.
Sans attendre de réponse.
Son bras est retombé le long de son corps, lourd, vaincu.
Personne n’a parlé.
Le bus a repris sa route, indifférent, cruel.
Comme si rien ne s’était passé.
Elle est descendue deux arrêts plus loin.
Droite.
Seule.
La tête haute, malgré tout.
Ce jour-là, j’ai compris quelque chose :
il y a des femmes qui gu**lent pour attirer l’attention.
Et d’autres qui gu**lent parce que c’est la seule chose qui leur reste pour ne pas disparaître.
J’ai refermé le carnet doucement.
Les corn flakes étaient devenus mous.
La télé était toujours éteinte.
Je n’avais plus faim.
Je ne pensais plus à la femme du bus.
Je pensais à celle qui écrivait.
À celle qui observait, jugeait, puis comprenait.
À celle qui semblait porter en elle trop d’histoires pour une seule vie.
Je ne l’avais pas encore rencontrée.
Mais une chose était sûre :
ce carnet n’était pas tombé entre mes mains par hasard.

— Madame Inestimable

06/12/2025

Les idées trop rigides se meurent.

Celles qui acceptent de se transformer trouvent leur vrai visage.

Créer, ce n’est pas tenir.
Créer, c’est accepter de bouger, d’écouter le vent,
et de renaître à chaque courbe.

La souplesse n’est pas faiblesse.
C’est la grâce qui survit.

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