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06/06/2026
HOMMAGE:
Lazare Hagerimana : une page de la mémoire burundaise se referme
| 06 juin 2026
Montréal, Canada. Ce soir, loin des collines qui l’ont vu naître, la famille, les proches et les amis de Lazare Hagerimana accompagnent vers sa dernière demeure un homme qui aura traversé, servi et conservé une part précieuse de l’histoire du Burundi. Décédé le 25 mai 2026, à Montréal, à l’âge de 88 ans, le vieux serviteur de l’État, compagnon de route du Prince Louis Rwagasore, laisse l’image d’un homme de mémoire, d’un patriote discret et d’un mushingantahe accompli.
Né le 23 novembre 1938 sur la colline Kibaya, zone Kavumu, commune Ryansoro, dans l’ancienne province de Gitega, Lazare Hagerimana appartient à cette génération qui a grandi dans le Burundi de la fin de la période coloniale et qui, très jeune, a été appelée à prendre part aux premières responsabilités administratives du pays.
En 1955, il termine l’École des auxiliaires administratifs. Il n’a alors que dix-sept ans. Il entre aussitôt dans la vie active comme secrétaire au service chargé de l’hygiène dans le territoire du Ruanda-Urundi, sous administration belge. Par la suite, il occupe plusieurs fonctions dans l’administration : aide-comptable de la caisse administrative des chefferies à Gitega, secrétaire-comptable de la chefferie Gihinga, entre autres responsabilités.
C’était le début d’un long parcours. Un parcours fait de service, de discipline et de fidélité à une certaine idée du Burundi.
🔴Dans le sillage de Rwagasore
Lorsque l’UPRONA naît, Lazare Hagerimana est parmi ceux qui suivent le Prince Louis Rwagasore. Il ne sera pas seulement de ceux qui ont applaudi l’élan. Il sera de ceux qui ont servi l’organisation, porté ses charges, assumé ses tâches quotidiennes et veillé, jusqu’au bout, à ce que l’héritage de Rwagasore ne soit pas déformé.
Au sein du parti, il occupe de nombreuses responsabilités. Il est secrétaire du comité central, directeur de la gestion et comptable du parti, directeur du personnel, directeur général de la Maison du Parti, puis conseiller du secrétaire exécutif de l’UPRONA.
Derrière ces fonctions se lit une constance. Celle d’un homme qui a consacré une grande partie de sa vie au parti de Louis Rwagasore. Celle d’un militant de la première heure, mais surtout d’un témoin de l’intérieur. Il connaissait les visages, les faits, les dates, les nuances. Il savait ce que les livres ne disent pas toujours.
Jusqu’à ses derniers jours, Lazare Hagerimana est resté attaché à cette mémoire. Non pas par nostalgie facile, mais par fidélité à une histoire qu’il avait vue se faire.
🔴Quand une bibliothèque s’éteint
Lazare Hagerimana était souvent décrit comme une bibliothèque vivante du Burundi. L’expression n’était pas excessive. À la fin de l’année 1961, il reçoit la responsabilité du service ciné-photo du Burundi. Au moment de l’indépendance, il devient le photographe de l’État.
Derrière son appareil, il saisit des moments qui appartiennent désormais à l’histoire nationale. Des cérémonies, des visages, des scènes officielles, des fragments d’un pays en train de se construire. Les années 1960, avec leurs espoirs, leurs tensions, leurs acteurs et leurs symboles, passent aussi par son objectif.
Jusqu’à ces dernières années, Lazare Hagerimana conservait des milliers de photographies de cette époque. Un trésor rare. Un patrimoine d’une valeur inestimable pour le Burundi. Dans ces images, il y avait plus que des souvenirs. Il y avait des preuves, des traces, des morceaux de vérité.
Sa disparition rappelle combien les archives privées de nos anciens sont parfois les derniers remparts contre l’oubli. Lorsqu’un homme comme lui s’en va, ce n’est pas seulement une famille qui perd un père. C’est aussi une nation qui perd un dépositaire de sa mémoire.
🔴Le sens de l’État, la discrétion en héritage
La vie professionnelle de Lazare Hagerimana ne s’est pas limitée au parti. Il a également servi à l’Assemblée nationale, où il fut secrétaire général à l’époque où l’institution était présidée par Thaddée Siryuyumusi. Plus t**d, il travaillera à la SOSUMO, où il prendra sa retraite en 2004 alors qu’il était chargé du personnel.
Partout, le même fil conducteur : servir. Servir sans tapage. Servir avec rigueur. Servir avec ce sérieux qui caractérise les hommes pour qui la fonction n’est pas un privilège, mais une responsabilité.
Ceux qui l’ont connu retiennent un homme réservé, attentif, attaché aux faits. Un homme qui parlait peu, mais qui savait. Un homme qui n’avait pas besoin d’élever la voix pour être entendu. Son autorité venait de l’expérience, de la mesure et de la droiture.
Lazare Hagerimana était un mushingantahe au sens plein du mot. Un homme de parole, de retenue et de dignité. Un ancien qui savait écouter, corriger, transmettre.
🔴La mémoire comme devoir
Dieu lui avait donné un don particulier : celui de se souvenir. Même dans le grand âge, Lazare Hagerimana gardait une mémoire impressionnante des événements qui ont marqué le Burundi. Il retenait les noms, les dates, les circonstances. Il se souvenait des hommes et des lieux. Il savait replacer un fait dans son contexte.
Il lui arrivait de reprendre ceux qui parlaient de l’histoire sans la connaître. Non pour humilier, mais pour empêcher que la mémoire ne soit malmenée. Pour lui, le passé n’était pas une matière que l’on tord au gré des intérêts du moment. C’était un héritage à respecter.
Même installé à Montréal, il restait attentif à ce qui se passait au Burundi. Il suivait l’actualité, utilisait les réseaux sociaux, lisait, observait, réagissait parfois. Le pays était loin par la géographie, mais proche par le cœur. Jusqu’au bout, il est resté relié à cette terre qui l’avait vu naître et qu’il avait servie.
Depuis avril 2025, la maladie l’avait affaibli. Elle l’a finalement emporté le 25 mai 2026, à Montréal. Mais elle n’aura pas effacé ce qu’il représentait : une mémoire debout, un témoin exigeant, un patriote d’une autre époque.
🔴Un patrimoine à sauver de l’oubli
Avec la mort de Lazare Hagerimana, une question demeure. Que deviendront les archives qu’il avait patiemment conservées ? Que deviendront ces milliers de photographies qui racontent les premières années du Burundi indépendant ? Que faisons-nous, collectivement, de la mémoire de ceux qui ont vu, entendu, servi et conservé ?
Le Burundi a besoin de ses archives. Il a besoin de ses témoins. Il a besoin de ces femmes et de ces hommes qui peuvent encore relier les générations et éclairer les zones d’ombre de notre histoire.
Honorer Lazare Hagerimana, c’est donc aussi mesurer la valeur de ce qu’il laisse. Ses photographies, ses souvenirs, ses récits, sa précision, son exigence face aux contre-vérités : tout cela fait partie d’un héritage national. Un héritage qu’il faudra préserver, organiser et transmettre.
🔴Adieu, Mushingantahe
À sa famille, à ses enfants, à ses proches et à tous ceux qui l’ont accompagné dans ses dernières années, vont les condoléances les plus émues. Aline, Robert, Noémie et les autres membres de la famille perdent un père, un repère, un ancien. Le Burundi, lui, perd un témoin rare.
Dans ces heures de douleur, que son parcours soit une consolation. Que son amour du pays soit une force. Que la dignité de sa vie demeure une lumière pour ceux qui restent.
Lazare Hagerimana s’en est allé. Mais il demeure dans les images qu’il a prises, dans les archives qu’il a gardées, dans les souvenirs qu’il a transmis et dans la mémoire de ceux qui ont compris la valeur de son témoignage.
Reposez en paix, Monsieur Lazare Hagerimana.
Mutama, saluez Rwagasore pour nous.
| La Rédaction
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